Àsta – Jon Kalman Stefansson – Editions Grasset

Àsta – Jon Kalman Stefansson – Editions Grasset

Deuxième fille d’Helga et Sigvaldi, Asta porte un nom qui, à une lettre près, signifie amour en islandais. Mais nulle part il n’est écrit qu’un nom vous prédestine, et si l’on doit saisir l’occasion d’écrire à ce sujet, il est bon de se rappeler que la poursuite du bonheur peut prendre la forme d’une marche âpre et hasardeuse, où des eaux boueuses vous entravent jusqu’à la ceinture et où aucun pas n’est sûr, où chaque pas est fuyant. Avec un grand talent, Jon Kalman Stefansson écrit cela : la vie d’Asta, seconde fille d’Helga et Sigvaldi, et cette quête effrénée et illusoire de l’amour et de la félicité.
Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une scène, charnelle et crue, décrivant la conception d’Asta, dans un appartement à Reykjavik, dans les années 50, puis saute brusquement trente années, et l’on retrouve Sigvaldi, le père, en Norvège où il vit désormais, qui vient de chuter d’une échelle et, cloué au sol, s’interroge sur sa vie, confie ses doutes, se demande quel père il a été pour Asta. Ainsi, le roman coupe les méandres, et Jon Kalman Stefansson joue avec les lieux et le temps, se projette et revient sur ses pas, pour parcourir les étapes du destin d’Asta : sa vie à la ferme avec Josef, la mort de sa nourrice, seule dans son appartement, son départ pour étudier à Vienne laissant derrière elle sa fille Sesselja, les préceptes incongrus de sa mère Helga, personnage érodé et lunaire, jusqu’au terme du roman, quand certains non-dits viennent se solder de manière déchirante.
Peut-être plus encore que dans ses précédents romans (il faut vous empresser de lire ou relire sa trilogie), Stefansson écrit depuis l’intimité d’une famille, celle de couples, et d’un pays, l’Islande contemporaine. L’amour y est charnel, la vie rude, et elle n’épargne personne. L’auteur commente, nous prend à témoins, et quand il offre la parole à chacun de ses personnages, on le sent à la manoeuvre derrière chaque tournure : Stefansson est un marionnettiste talentueux, un « Auteur », comme Borges a défini autrefois les contours de l’« Hacedor », et dont Stefansson partage un peu de la malice, qui vient contrebalancer la rugosité des rapports entre les personnages. Roman d’équilibre, traversé par la lumière et le doute, le très beau roman d’une vie, celle d’Asta.
Traduit de l’islandais par Eric Boury

 

 

  • Broché: 496 pages
  • Editeur : Grasset (29 août 2018)
  • Collection : En lettres d’ancre
  • Langue : Français

 

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