Le Sillon – Valérie Manteau – Editions du Tripode

Le Sillon – Valérie Manteau – Editions du Tripode

Pour cette rentrée littéraire, les Editions du Tripode ont fait le choix de ne publier qu’un seul titre, « Le Sillon » de Valérie Manteau, signe que, parfois on peut être sobre et toucher juste.
Une jeune femme écrivain arrive à Istanbul pour y retrouver son amant, et chercher l’élan pour son second livre. On la devine alter ego de l’auteur, qui fut collaboratrice à «Charlie Hebdo», et en avait tiré un premier livre touchant, après les assassinats de janvier 2015 («Calme et tranquille», également au Tripode). L’errance au cœur de Kadikoy, sur la rive orientale du Bosphore, quartier délaissé par les touristes, s’oriente peu à peu : ici, les couples sont souvent mixtes, expatriés en mission et artistes, journalistes. Amour, collocation, engagements. Au gré des rencontres, les amis, témoins ou parties prenantes des mouvements revendicatifs ou pacifistes amènent la jeune femme sur le chemin de Hrant Dink, promoteur de la paix, fondateur du journal «Agos» et assassiné en 2007 par un nationaliste. Elle saisit le fil et le déroule, s’inscrit dans le cercle des personnes qui ont connu Dink, questionne celles et ceux qui, dans la Turquie d’aujourd’hui, paient cher leur aspiration à vivre ensemble et en paix. Car désormais, même l’humour et la dérision ne font plus le poids dans la vie des stambouliotes : dans la langue turque, le même mot désigne la colombe et le pigeon. La paix, la duperie.
L’écriture de Valérie Manteau est fluide, dépouillée et entrainante : les amants filent en moto sur le pont entre Asie et Europe, on vit, on boit, on défie ses peurs la nuit. Ce pourrait être la parole d’une amie qui nous raconte la réalité d’une ville, dont les habitants, en pavoisant les rues et les ruelles avaient rendu ostensiblement rendu hommage aux morts des attentats parisiens, et regrettent aujourd’hui le silence de l’Europe si proche. Le livre, dans sa seconde partie, traverse le procès et la sortie de prison d’Asli Erdogan, (auteur d’un autre très beau roman écrit depuis le ventre de Rio « La ville dont la cape est rouge »), et la citation de Hrant Dink en exergue prend alors un sens abrupt « Savez-vous ce que cela représente pour un homme d’être enfermé dans l’inquiétude d’une colombe? ».

Le second roman de Valérie Manteau s’est ainsi écrit. D’une grande justesse.

 

 

  • Broché: 262 pages
  • Editeur : Le Tripode (30 août 2018)
  • Langue : Français
  • Prix : 17 euros

 

 

 

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