L’Île – Sigridur Hagalin Björnsdottir – Gaïa Ed.

L’Île – Sigridur Hagalin Björnsdottir – Gaïa Ed.

Un matin, l’Islande se réveille coupée du reste du monde : les câbles sous marins qui la relient aux continents sont inopérants, les radios se taisent, les écrans restent figés sur l’instant où la coupure s’est produite. Le temps passe, heures, jours puis semaines, et plus rien -internet, signaux radios, navires, avions- ne parvient jusqu’à l’île. Et l’île, l’Islande, doit s’organiser pour face face aux pénuries naissantes, et maintenir sa cohésion.
Premier roman de Sigríður Hagalín Björnsdóttir (journaliste, elle dirige le service informations de la télévision publique islandaise), L’Île s’avère un récit addictif, sombre, parce que vraisemblable. Laissant de côté la quête des origines de la situation (incidents techniques ou cataclysme mondial, peu importe, le spectaculaire est écarté) elle implique très rapidement ses personnages dans le crescendo qui mène cette nation, contrainte à une autarcie peut-être passagère, vers un repli identitaire qui confine à la barbarie : Hjalti, journaliste politique, qui engage le roman depuis sa réclusion dans une ferme abandonnée. Maria, son ex-compagne, musicienne, méditerranéenne, mère célibataire d’enfants « mulâtres », Elin, ministre jetée au premier rang du pouvoir par vacance et ambition. Récit concis, froid et documenté : avec Hjalti, mandaté par Elin pour rendre compte à la population des réformes nécessaires, nous assistons aux réunions de cabinet des gouvernants. Il s’y dit, de façon technocratiquement documentée, que l ‘île peut, comme par le passé, faire face grâce à ses ressources énergétiques, peut recycler, s’adapter, mais ne pourra durablement nourrir tous ses habitants sans réformes drastiques. Et cela doit être communiqué sous l’étendard d’un optimisme entraînant, puisque le chaos n’est pas envisageable, au mieux doit-il être retardé. Mais la population islandaise (du moins celle de cette dystopie), se gouverne aussi par assemblées, et la communication policée cède bientôt sous les harangues, qui vont peu à peu désigner et choisir quelles bouches nourrir, qui mettre au ban et de quelle manière. Lecture faisant, et c’est bien là la puissance de cette fiction sur l’aurore du chaos, il vous reviendra des relents de temps pas si éloignés et cataclysmiques, et peut-être aussi l’écho de drames qui pourraient émerger autour de nous.

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