Quelquechose d’écrit – Emanuele Trevi – Actes Sud

Quelquechose d’écrit – Emanuele Trevi – Actes Sud

L’histoire presque vraie d’une rencontre impossible avec Pier Paolo Pasolini à travers sa comédienne fétiche et “gardienne du temple”, Laura Betti. Un livre qui brouille magistralement les genres littéraires et propose une interprétation, aussi radicale qu’inattendue, de Pétrole.
 
Le fonds Pasolini se trouve à Rome, et c’est Laura Betti, une des comédiennes fétiches de Pasolini, qui a longtemps été la “gardienne du temple”. Or, c’est dans ce temple que travaille le narrateur, qui n’est autre que l’auteur lui-même, alors trentenaire, chargé, en 1994, de préparer un livre recueillant toutes les interviews données par Pasolini. Travailler sous la direction de Laura Betti, surnommée “La Folle”, n’est pas une sinécure : le plus grand plaisir de celle-ci, en effet, consiste à humilier avec férocité le malheureux aspirant-écrivain, comme pour le mettre perpétuellement à l’épreuve, avec une imagination débordante et un sadisme consommé. Mais en essayant de mener à bien ce travail, c’est surtout pour la signification de Pétrole, l’oeuvre posthume de Pier Paolo Pasolini (mort assassiné en 1975), que se passionne Emanuele Trevi. OEuvre mystérieuse s’il en est, et qui a donné lieu, depuis sa publication, à de multiples interprétations, auxquelles ne manque pas la thèse du livre “politique” dénonçant la mafia et ses ramifications. Or, c’est une théorie différente que défend Trevi avec brio : celle d’une oeuvre qui s’apparenterait aux mystères grecs, une initiation semblable à celle qui attendait les fidèles à Éleusis. C’est d’ailleurs en Grèce, à l’occasion de la coupe du monde de foot de 1994, que s’achève le roman, dans une atmosphère poétique qui aspire le lecteur dans la lumière d’une quasi “révélation”.
Même celui qui n’a pas lu Pétrole peut trouver un immense plaisir à découvrir la prose fluide d’Emanuele Trevi, qui sait raconter avec une écriture subtile, parfois grotesque et satirique, sa relation avec une Laura Betti hystérique et paranoïaque, mais vraie, dans sa folie. Il sait également nous plonger dans la vie de la Rome des années 1980 à 1990, décrire une soirée d’attente de résultats d’élections qui seront remportées par Berlusconi, parmi des écrivains catastrophés qui pressentent l’avènement d’une nouvelle époque. Brouillant les pistes et mêlant les genres (biographie, autobiographie, roman, essai, etc.) l’auteur nous invite à le suivre dans une interprétation nouvelle et éclairante d’une oeuvre énigmatique, dans une mise en abîme qui est une grande réussite littéraire. (Texte Editions Actes Sud)

Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli

Broché: 337 pages
Editeur : Actes Sud Editions (31 août 2013)
Collection : Un endroit où aller
Langue : Italien

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